Plume

18.02.2007

Plume regardait en contrebas la ruelle sombre qui menait à son auberge. Comme elle s’y attendait un discret comité d’accueil l’attendait – trois hommes armés de rapières. Elle s’en moquait un peu, ayant soupçonné le piège la veille en trouvant le message sur le tableau municipal plutôt qu’à la taverne (un vieux code entre elle et la guilde). Ce qui la préoccupait plus était de savoir qui était derrière ce guet-apens grossier.

Des ennemis, elle en avait sans doute, mais assez motivés pour engager trois gaillards et monter un faux rendez-vous ? Pas à sa connaissance. Elle cherchait dans ses dernières missions quelque chose qui aurait pu déclencher l’ire de l’une de ses victimes ou de ses clients. Rien. Franchement depuis six mois les contrats s’enchaînaient sans grands enjeux ni grandes difficultés. Elle envisagea une dernière possibilité un confrère jaloux ou une réprimande de la guilde mais elle n’y croyait pas – leurs moyens étant d’ordinaires beaucoup plus discrets et efficaces…

Au bout de quelques minutes, elle repartit comme elle était venue – par les toits, récupérant au passage son nécessaire de voyage. Le temps de consulter Talmèt était venu, la répétition de l’incident devenait lassante et inquiétante. Elle se glissa dans le jardin d’une propriété et ressortit dans une rue passante et bien éclairée. La nuit n’était encore pas très avancée et cette partie de la ville était très animée, une aubaine pour se fondre dans la masse. Une demi-douzaine de croisements plus tard, elle obliqua dans une cour sombre et se dirigea vers une petite porte. Elle frappa trois coup et attendit. Un moment plus tard la porte s’ouvrit et elle s’engouffra derrière l’ombre.

Talmèt écouta patiemment le récit de Plume. Il semblait songeur comme Plume il ne voyait pas bien qui pouvait lui en vouloir à ce point. En effet leur guilde était respectée à défaut d’être appréciée. Les inimitiés étaient le plus souvent directement entre les clients et les victimes, Plume et les autres n’étant que des exécutants experts et habiles. La liste de ses derniers contrats n’offrait pas beaucoup de pistes non plus à part peut-être une histoire trouble autour d’un vieux manuscrit. Celle-ci lui rappelait un autre contrat que la guilde avait executé quand il était lui-même jeune apprenti.

Il était maintenant la mémoire de la guilde. Celle-ci conservait la trace de tous les contrats et dans la mesure du possible le récit de leur réalisation. Cette histoire de manuscrit, il en était maintenant persuadé, était déjà répertoriée. Il sortit le volume de l’année à laquelle il pensait pour vérifier son intuition. Au bout de quelques pages, il retrouva l’histoire : le contrat était pratiquement au mot près celui de Plume mais le plus frappant était l’identité du commenditaire : le client d’alors semblait bien être la victime de Plume. Ce genre de coincidences n’était pas rare dans les annales de la guilde mais une note associée au contrat lui fit froid dans le dos : l’homme ayant executé le contrat mourrut dans d’étranges circonstances quelques temps après et le commenditaire fut longtemps un suspect mais la guilde ne trouva jamais assez de preuves.

Au dos de la note, l’archiviste avait ajouté “ce livre de malheur semble nous porter la poisse, sa dernière apparition nous avait déjà été fatale.”. Malheureusement, il n’avait pas indiqué la date de l’occurence précédente ! Talmèt regarda Plume et lui tendit le volume. Elle parcourut le compte-rendu et hocha gravement la tête. C’était bien la même histoire et sa vie semblait donc réellement en danger cette fois. Dans l’immédiat, le plus urgent était de raconter à Talmèt le plus de détail sur ce maudit contrat.

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